Sur l’aube nous avons chevauché les heures
Au rythme des secondes traversé les envies
D’un galop effréné parcouru les hauteurs
De neiges éternelles recouvert notre ennui
De rires libérateurs nous affrontions les peurs
Les jours étaient offerts à nos cœurs insoumis
À genoux sur le vide, couchés sur l’infini
Sautillants, crépitants, tournoyants et hurlants
L’agitation secrète d’un monde à l’agonie
Bousculait nos cerveaux, aiguisait nos regards
Manger était une fête, l’amour se laissait boire
Les grands arbres alentour nous berçaient jusqu’au soir
Pieds nus en équilibre les cimes nous amusaient
Quand nous levions les bras, le ciel se réjouissait
À tes lèvres de rose des étoiles minuscules
Enluminaient la nuit de tes sourires en prose
Ces heures crépusculaires parsemées d’insomnies
Ce temps doux et sauvage qui nous tenait en vie
À chaque instant têtu, désireux de nous plaire
Ce temps qu’on bousculait pour jouer avec lui
Des chevaux fous et rares qui glissaient sur la nuit
Nous approchaient parfois, vaillants et téméraires
Leurs nasaux enfumés caressaient nos cheveux
Nous leur disions alors comme nous étions heureux
***
Ces heures crépusculaires et ce temps assassin
Les amitiés défaites, les amours que l’on perd
Des rires au fond des yeux comme on retient des larmes
Les envies envolées, les regards qui désarment
La ritournelle amère des sourires oubliés
Le fond triste et désert de ce ciel étoilé
La rivière asséchée, ce qu’on ne peut refaire
— D’un passé ravagé, ce vaste cimetière