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Je suis un poème. À peine m’a-t-on vêtu que j’entre dans l’arène. Le vaste chapiteau s’ébroue à l’unisson. On me lit, on me dit, on me crie — le murmure incessant de cette douce folie. Un crayon dans les veines, les mots deviennent mes mots. J’en répare les silences.
Je suis un poème. L’indestructible poème. À peine m’étreint-on je m’évanouis, à peine me voit-on que j’étourdis. Je suis à l’aventure, en devenir, curieux de tout. Je me fraye un chemin parmi tes souvenirs. J’annule les distances. Je multiplie, j’étoile. Mes bras se tendent aux vents. Au loin se bordent les voiles. Je crie ton nom.
J’étais fade abstraction, la douce mollesse, un vague à l’âme — l’absence. J’étais feuille de ratures, la toile fragile, l’étrange enfance — le non-dit, le non avenu, le non-sens. Je t’attendais.
Je suis un poème vivant. Tu me lis et je t’entends. L’entrelacs des mots et nos mondes éperdus. L’ailleurs vibrant. Cette vie qu’on injecte. L’assaut retenu. Je suis ton poème. L’incantation secrète.
Je suis ce poème empli de ta présence. Ce poème comblé, riant, heureux, intense. Cette lecture offerte, l’éclair à ta mesure, cette rage salutaire, ce point de vie ténu. Je sais — Tout.
Je sais d’où tu viens, où tu vas, qui tu es, ce que tu n’es pas. Les pleurs, l’errance, ces idées terroristes, les feintes et faux-fuyants, l’application têtue, la beauté qui s’y glisse. Je sais le pourquoi et le comment. Je sais ce qui se trouve derrière, et l’en-dedans.
Je suis ce poème en toi. Je te dévore et tu m’inventes. Je suis un poème pour toi. On m’a écrit à ta cadence. Nos sangs mêlés s’écoulent en vers. Nos cœurs puissants rient de concert. Que tu m’élises, tout recommence — Que je te lie, tout part en transe.
Je suis poème — poème immense.
25 février 2010.