L’abyssal envers
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L’abyssal envers
(
2009
-
2010
)
De
Emmanuel Saracco
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L’abyssal envers
« Ses yeux raclent la pierre d’une caresse animale. Ses mains battent l’invisible pour attraper le temps. Ses pieds qui tambourinent en instruments rageurs font remonter de terre les vers du voyageur » Les vers du voyageur
Ce recueil de poésie, écrit entre 2009 et 2010, a été publié en 2010 chez
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Petit démiurge
Des sillons de lumière quadrillent son vaste empire
Chevelures folles éparses, satin rouge et bohème
Déployées sur la grève, les étoiles qui frétillent
Perte de sens
Je meurs de confondre amour et angoisse comme un singe percuté par l’évidence bête d’un regard braconnier. Les châles menteurs des nuits importunes, la glissante vérité de mondes en plein dires, sous une triste noirceur. D’où les orages s’en viennent on retourne comme l’enfance au ventre de l’amer. L’amère envie d’être sans le dire.
Ceux qu’on était
Ce qu’on était, ce qu’on voyait
Ce qu’on sentait, ce qu’on voulait
Ce qu’on aimait, ce qu’on croyait
Ce qu’on disait, ce qu’on savait
Ce qu’on pensait, ce qu’on rêvait
Ce qu’on avait, ce qu’on souhaitait
Double vie
Battre son cœur
Lécher sa langue
Sentir son nez
Écouter ses oreilles
Mordre ses dents
Manger sa bouche
Regarder ses yeux
Baiser ses lèvres
Écraser ses mains
Respirer ses poumons
Digérer son estomac
Retourner ses reins
Gratter son cerveau
Pendre son cou
Le roi tranquille
Son corps est son refuge
Lorsqu’il se déplace, c’est son drôle d’univers qu’il emporte avec lui
L’anniversaire
Ce soir, tu souffleras tes bougies
À toi l’honneur, à toi les flammes
L’étreinte des larmes et les oublis
En ce jour
En ce jour de nouvel an
Il a cueilli ces quelques fleurs
Le ciel est gris
Le temps moqueur
Journées volées
Sur l’aube nous avons chevauché les heures
Au rythme des secondes traversé les envies
D’un galop effréné parcouru les hauteurs
De neiges éternelles recouvert notre ennui
Mes vers
Ces vers-là ne disent rien qui vaille. Leur superbe est restée loin derrière, dans les chiottes, sur des rails, sous les ponts, entre poubelles et cartons sales. Mal polis, épineux, implacables.
La traînée
Des tripes du fleuve remontent les hardes des siècles passés. Dans une vitre sombre aux regards de poussière les années crépitent comme des chiennes qu’on délaisse. Rien n’arrête la boue qui dévale vers l’enfer. Tout s’écoule sous un horizon dépecé.
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